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dimanche 22 mai 2011

Lectures

Dans mes lectures récentes, je vous conseille :

Au rayon essais : 

  • Le Conflit : la mère - la femme, par E. Badinter, (publié aux Editions Flammarion, 18 euros). On en a beaucoup parlé dans les médias lors de sa sortie. C'est d'abord un livre très facile à lire : clair, direct et bien documenté.

Le livre est découpé en 3 parties : "les ambivalences de la maternité" ou comment devenir/être femme et mère, "l'offensive naturaliste" où elle explique le lobbying pro-allaitement qui est né aux E.U., la nouvelle mode du "cododo" (quel mot affreux), et  "à trop charger la barque..." ou pourquoi un nombre important de femmes décide de ne pas avoir d'enfants. Le dernier chapitre est consacré au cas à part des femmes françaises...

Elle dénonce :
- la maternité pour se définir comme femme,
- la tyrannie de la mère parfaite : "la barque de la maternité est aujourd'hui chargée de trop d'attentes, de contraintes, d'obligations. Il y a péril tant pour la femme et le couple que pour le lien social".
- l'idéologie de la Leche League ("les oukases des ayatollah de l'allaitement") et celle du naturalisme. Cette approche fait de la biologie et de la nature le socle de toutes les vertus et condamne plus ou moins la pilule contraceptive, les petits pots tout préparés, la péridurale, les couches jetables, etc. "La nature devient un argument décisif pour imposer ou dispenser des conseils. Elle est devenue une référence éthique difficilement critiquable, auprès de laquelle le reste fait grise mine. A elle seule, elle incarne le Bon, le Beau et le Vrai chers à Platon. La philosophie naturaliste détient le pouvoir suprême de culpabilisation, capable de changer les moeurs."
- l'existence de l'instinct maternel. Pour ça, il faut lire l'Amour en Plus publié en 2001 par la même E. Badinter, très très bien.

Elle appelle à défendre :
- la variété des désirs et des styles de vie féminins,
- la possibilité de concilier son rôle de mère et ses désirs de femme,
- le fait qu'être une femme ne doit pas se résumer au fait d'être mère,
- l'ambivalence de l'amour maternel et la possibilité de l'exprimer.

J'ai lu ce livre quand j'étais enceinte de Flore : je me suis sentie complètement légitime de ne pas (et de ne pas avoir) allaiter mes enfants, de vouloir continuer à travailler et même mieux de vouloir "faire carrière" et de partager les tâches quotidienne avec le père de mes enfants! J'ai été très sensible à son chapitre sur la défense des femmes qui souhaitent ne pas avoir d'enfant et je fais beaucoup plus attention, maintenant, à ne surtout pas les juger, les dévaloriser voire les insulter ("elle est pas normale, elle veut pas d'enfant", voire pire).

  • Après-guerre. Une histoire de l'Europe depuis 1945, par Tony Judt. (Armand Colin 1019 p., 35 euros)
T. Judt est un universitaire américain et ce livre est donc écrit avec un style très direct (par moment, l'auteur s'adresse directement au lecteur), très spontané. Ça se lit très bien et malgré l'épaisseur du livre, c'est captivant.
Il fait le panorama de l'Europe depuis 1945 : l'état de l'Europe après la guerre, la division des territoires par les Alliés, l'histoire non seulement de l'Europe de l'Ouest mais aussi celle moins connue de l'Europe de l'Est. Il retrace la chute du mur de Berlin, les conséquences avec l'évolution de ces pays vers la démocratie et il termine par une question fondamentale : c'est quoi être européen.
J'ai appris énormément de choses, je lis maintenant les journaux autrement : je comprends pourquoi les allemands ne voulaient pas intervenir en Libye, pourquoi les anglais restent pro-américains, pourquoi la Russie est re-devenue une dictature... Et pourquoi je peux être fière d'être européenne.

Au rayon BD :
  • La Plaine du Kantô, par Kamimura Kazuo, Tome 1 & 2 (Dargaux).
On suit la vie d'un petit garçon, Kinta, dans le Japon d'après-guerre, alors qu'il vit avec son grand-père. Ses parents sont morts pendant la guerre et l'enfant a été recueilli par son grand-père qui vit à la campagne, dans la plaine du Kantô. On suit l'enfant qui découvre la vie dans le village, celle des adultes, la différence de sa copine, Ginko, qui est en fait un garçon... Les dessins sont très beaux, parfois un peu crus, souvent poétiques.
J'avais commencé avec Lady Snowblood dont Tarentino s'était inspiré pour la scène du combat dans la neige de Kill Bill. Ici, le récit sur l'enfance est bien plus intéressant, plus complexe aussi mais les dessins restent particulièrement marquants.




vendredi 7 août 2009

Millenium

J'ai fini de lire la trilogie Millenium pendant ces vacances. Ce sont trois romans du journaliste suédois Stieg Larsson et qui peint une image beaucoup moins idéale de la société suédoise que le mythe du « modèle suédois » couramment pris en exemple. C'est un polar magistral plein de suspens et d'action avec une bonne dose de critique sociale (ou sociétale). Bref, c'est à la fois distrayant et intelligent. Et pour ceux qui voudraient approfondir les thèmes de ces romans, Mediapart a consacré une série d'articles aux coulisses de Millenium.

dimanche 16 novembre 2008

Règle du cerveau n°12

Nous sommes des explorateurs nés. Les bébés sont le modèle de notre façon d'apprendre : pas passivement mais activement, par observation, hypothèse, expérimentation puis conclusion (ne retrouverait-on pas là la fameuse méthode expérimentale, base de notre science ?). Le cerveau à la naissance est une machine à apprendre nourrie par une soif inapaisable de compréhension du monde.

On commence à comprendre le rôle des différentes régions du cerveau dans ce processus et on a montré que certaines régions du cerveau adulte restaient aussi malléables que celui du nouveau-né, ce qui confirme notre évidente capacité d'apprentissage tout au long de la vie.

La conclusion du livre est que la curiosité est notre meilleure qualité et qu'il faut l'encourager le plus possible chez nos enfants. En tant que chercheur, je partage tout à fait ce point de vue. Pour moi, il n'y a pas grand chose de plus satisfaisant que de découvrir ou de comprendre quelque chose de nouveau.

Règle du cerveau n°11

Les cerveaux masculins et féminins sont différents. Comme vous le savez tous les hommes et les femmes diffèrent génétiquement par leurs chromosomes XX pour les femmes et XY pour les hommes. Or le chromosome X est porteur d'un nombre très élevé de gènes liés à la construction du cerveau. Les filles bénéficient donc des gènes des chromosomes X de leur père et de leur mère alors que les garçons n'ont que celui qui leur vient de leur mère... Ce qui peut expliquer un certain nombre de comportements ;).

Si on s'intéresse maintenant à la structure du cerveau, on constate des différences selon le sexe : les tailles de certaines régions, la rapidité de production de certains neuro-transmetteurs, etc. Ces différences sont-elles significatives ? On ne le sait pas.

Regardons maintenant les comportements typiques des hommes et des femmes. Attention, ces différences sont statistiques en ne concernent donc pas des individus particuliers. Une des premières différences sont les maladies mentales qui touchent très différemment les hommes et les femmes. Une autre est la réponse à un stress émotionnel. Les femmes ont tendance à mémoriser les détails de la situation alors que les hommes mémoriseraient plutôt une vue d'ensemble. Les filles ont de bien meilleures capacités verbales que les garçons. Elles ont en général des relations entre elles basées sur la parole alors que les garçons aiment faire des choses ensemble, la plupart du temps en compétition. Où un garçon dominant dirait « fais ça » une fille dominante dirait plutôt « faisons ça ». Ces tendances statistiques se forment très tôt et sont indépendantes de l'âge, de l'époque, de la géographie. Cependant les liens entre les différences biologiques et les différences comportementales sont encore grandement inconnus...

Qu'en déduire pour la vie de tous les jours ? L'auteur fait quelques propositions :

  • Il faut savoir que les émotions sont utiles, elles réveillent le cerveau, et qu'elles sont perçues différemment par les hommes et les femmes. Ces différences sont le produit d'interactions complexes entre l'inné et l'acquis.
  • Faire des équipes mixtes ou les différences sont positivées plutôt que vues de façon négatives.
  • Bien que les différences de facilité verbale soient indéniables en faveur des filles, les différences en maths et en sciences n'ont aucune base biologique connue, elles seraient uniquement culturelles. Il pourrait même être intéressant de séparer les filles des garçons pour ces enseignements pour qu'elles aient l'occasion de répondre aux questions avant qu'un garçon ne le fasse (plus enclin à tenter sa chance par esprit de compétition).

Règle du cerveau n°10

La vue écrase tous les autres sens. La vue est notre sens le plus développé. En effet, le volume du cerveau consacré au traitement des informations visuelles est près de la moitié de son volume total. Nous ne voyons que la représentation que construit notre cerveau, représentation qui n'est pas exacte (pensez à toutes les illusions d'optique classiques). Nous apprenons donc bien mieux avec des images et des dessins qu'avec des mots.

L'auteur encourage donc les enseignants à utiliser plus de supports visuels en tous genres (photos, dessins, animations) et à jeter leurs transparents pleins de mots. Tout ceci conforte tout le bien que je pense des différentes méthodes de cartographie mentales (cartes heuristiques, schémas conceptuels, etc) que j'utilise quotidiennement depuis quelques années et qui sont trop méconnues à mon avis.

Règle du cerveau n°9

Stimuler le plus de sens possibles. Nos sens fonctionnent de concert et contribuent tous ensemble à la mémorisation. Plus une expérience stimule de sens, plus sa mémorisation est efficace. De plus, le cerveau semble utiliser ces différents sens lors du rappel d'une expérience. En particulier l'odorat est très efficace pour ramener à la conscience des souvenirs.

Des idées d'exploitation de cette règle par l'auteur sont : faire des cours stimulant un maximum de sens différents, créer des marques avec des expériences multisensorielles, utiliser les mêmes odeurs lors de l'apprentissage que celles qui sont présentes lors des situations d'exploitation des ces apprentissages (apprendre la mécanique auto dans un garage avec des odeurs d'huile de vidange par exemple).

Règle du cerveau n°8

Les cerveaux stressés apprennent moins bien. Notre système de réponse au stress a évolué en réponse à des menaces vitales mais courtes (survivre face à un danger imminent) et pas pour répondre à un stress chronique. Les effets de l'adrénaline et du cortisol quand ils sont trop présents sont mauvais pour la santé : risques cardio-vasculaires, diminution des capacités d'apprentissage et de mémorisation. La pire forme de stress est le manque de contrôle sur la source de stress. La stabilité émotionnelle à la maison est de ce fait le facteur principal déterminant le succès ou l'échec des enfants dans le système éducatif.

L'auteur propose un système où on aiderait gratuitement les parents à établir cette stabilité pour aider leurs enfants. Et au travail, pour détecter les situations stressantes, il suffirait de détecter les moments où les employés se sentent le plus hors de contrôle de la situation.

Règle du cerveau n°7

Un petit voyage en train (aller-retour Grenoble pour une soutenance de thèse) et j'ai eu un peu de temps pour rédiger 4 nouvelles règles. Commençons par la règle n°7.

Qui dort bien pense bien. Notre cerveau est le lieu de luttes constantes entre des hormones qui nous maintiennent éveillés et d'autres qui nous endorment. Ceci conduit à notre cycle de veille/sommeil quotidien et incidentalement au besoin universel de sieste en début d'après-midi. Ce cycle varie selon les personnes en termes de quantité de sommeil nécessaire et de moment de sommeil privilégié dans la journée. Ceux pour qui ce rythme correspond aux contraintes de la vie en société sont favorisés ! Un manque de sommeil (même faible) provoque des déficits d'attention, de capacités de compréhension, de mémorisation, et mêmes motrices. En effet le cerveau est très actif pendant les périodes de sommeil, ces périodes sont donc indispensables. L'auteur en déduit les idées suivantes : organiser le travail en fonction des chronotypes en autorisant des horaires décalés, promouvoir la sieste et obliger les gens à dormir une nuit sur un problème avant d'y proposer des solutions.

vendredi 22 août 2008

Règle du cerveau n°6

Après la mémoire à court terme, intéressons-nous maintenant à la mémoire à long terme. La règle n°6 est se souvenir pour répéter.

Le cerveau reçoit sans arrêt de nouvelles informations qu'il intègre à celles qu'il a déjà mémorisé. Il essaie désespérément d'organiser toutes ces informations très variées et est prêt pour cela à modifier des anciens souvenirs pour en enregistrer des nouveaux. Ainsi les informations mémorisées ne sont pas si stables dans le temps qu'on pourrait le croire. Nous avons donc une vue très approximative de la réalité et de notre passé. Pour éviter des modifications futures et consolider certaines informations, il existe un moyen : la répétition qui force à re-consolider les informations déjà mémorisées. Pour être efficaces, ces répétitions doivent être suffisamment espacées (de combien de temps reste mystérieux) et les plus élaborées possibles. Elles auront alors comme effet d'ajouter à la base d'information plutôt qu'à la modifier. Et plus le temps passe, moins la répétition a besoin d'être longue pour être efficace.

Les moyens de rappel des mémoires vont de rappels détaillés dans les instants qui suivent l'exposition à l'information à des rappels fragmentaires où le cerveau reconstruit l'information à partir de fragments bien plus tard. Le processus de mémorisation jusqu'aux traces mémorielles définitives dans le cortex prend plusieurs années (10 ou plus) pendant lesquelles l'hippocampe réinstalle inlassablement les traces mémorielles dans le cortex.

Pour clore cette question du fonctionnement de la mémoire, la dernière étape de la mémorisation est l'oubli. Celui-ci nous permet de priorétiser les événements et donc de supprimer ceux qui ne concernent pas notre survie et qui prennent de la place utile. Il est donc indispensable.

Répétons encore une fois : il faut répéter l'information dans la minute pour faire passer l'information de la mémoire immédiate à la mémoire de travail, dans les 90 min pour la faire passer dans la mémoire à long terme et ensuite plusieurs fois pendant des semaines, des mois et des années pour former les traces mémorielles définitives qui finiront par être oubliées si elles ne servent plus à rien !

jeudi 21 août 2008

Règle du cerveau n°5

Après quelques semaines de vacances, me voici de retour au boulot. J'en profite pour continuer mon résumé du livre Brain Rules.

Les règles 5 et 6 parlent de la mémoire et de son fonctionnement. Commençons par la règle n°5 : répéter pour se souvenir.

La mémoire est quelque chose de très complexe. Nous en avons de plusieurs types (déclarative ou non ; auditive, visuelle ou conceptuelle ; sémantique, spatiale ou prospective, etc). Celle qui nous intéresse pour l'apprentissage est la mémoire « déclarative » : on peut décrire avec des mots ce qu'on a appris. Ce processus de mémorisation se décompose en 4 étapes : encodage, stockage, rappel et oubli. Les quelques premières secondes de ce processus (l'encodage) déterminent si on va retenir quelque chose. Certains encodages sont automatiques, d'autres nécessitent des efforts. Ce processus d'encodage découpe l'information en de nombreux éléments traités par différentes zones du cerveau. On a pu montrer que plus l'information est encodée de façon élaborée au moment de l'apprentissage, plus la mémorisation est bonne, qu'une trace de mémoire semble stockée au même(s) endroit(s) dans le cerveau que là ou l'information initiale a été traitée et que le rappel peut être amélioré si on reproduit les conditions environnant l'apprentissage.

Pour les encodages demandant des efforts, on doit répéter la stimulation. En effet, les informations sont d'abord traitées en mémoire immédiate (capacité : 7 éléments pendant 30 secondes en moyenne), dont elles disparaissent si elles ne sont pas répétées. Elles vont ensuite en mémoire de travail où elles peuvent rester de 1h à 1h30 avant de passer en mémoire à long terme. Si les informations ne sont pas répétées dans ce délai, la mémorisation échoue. Il est donc critique de répéter pour mémoriser.

Quelques idées proposées par l'auteur pour améliorer l'apprentissage :

  • s'assurer que les apprenants comprennent ce qu'ils apprennent. Il est illusoire d'apprendre des choses par cœur et d'espérer voir leur signification apparaître magiquement. Pour ce faire, l'utilisation de nombreux exemples significatifs pour les apprenants est une méthode efficace ;
  • les introductions sont les moments les plus importants : les rendre passionnantes, elles fourniront un encodage plus riche et donc une mémorisation plus efficace ;
  • faire en sorte d'utiliser des environnements d'apprentissage les plus proches possibles de l'environnement de rappel (apprendre à l'oral des leçons où l'examen est oral, favoriser l'apprentissage, etc).

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