Le nouveau coronavirus a enfin un nom !

Franchement, un virus ne peut pas s’appeler longtemps « Nouveau Coronavirus » … Et le prochain Coronavirus qui émergera s’appellera « encore plus nouveau coronavirus » ? Pas sérieux. Le comité international de taxonomie des virus (International Commiteee on Taxonomy of Viruses, ICTV) a siégé en mai dernier pour recommander un nom à ce virus. Après s’être appelé HCoV-EMC pour Erasmus Medical Center du nom de l’endroit où il avait été caractérisé pour la première fois puis NCoV, pour nouveau coronavirus, il s’appelle désormais MERS-CoV pour Middle Est Respiratory Syndrome Coronavirus. On utilisera désormais cette dénomination.
D’où vient le MERS-CoV ?

Le premier cas d’infection à MERS-CoV a été décrit en septembre 2012 chez une personne originaire d’Arabie Saoudite. Depuis, l’épidémie reste circonscrite dans la péninsule arabique avec des cas décrits au Qatar, en Jordanie, aux Emirats Arabes Unis et en Arabie Saoudite. Tous les cas index des infections décrites dans les autres régions du Monde (Royaume Uni, Italie, Tunisie ou France) sont survenus chez des personnes qui avaient séjourné dans la péninsule arabique : ce sont donc des cas d’importation. A ce jour, le virus ne circule que dans cette région du monde.
Le MERS-CoV a été détecté chez différentes espèces de chauve-souris, dans différentes régions du Monde. Il est phylogénétiquement très proche de deux coronavirus de chauve-souris, HKU-4 et HKU-5. Une étude récente montre que le MERS-CoV a probablement un ancêtre commun avec les autres coronavirus de chauve-souris et que la divergence entre la lignée des virus de chauve-souris et celle du MERS-CoV est très ancienne. Les résultats de cette étude suggèrent que le MERS-CoV, s’il peut infecter les chauves-souris, infecte probablement un autre hôte animal, pour le moment non identifié, chez lequel il a pu diverger sur le plan génétique. C’était déjà le cas en 2003, lors de l’émergence du SARS-CoV qui est présent chez les chauves-souris mais aussi chez les civettes. Pourtant, les scientifiques ne s’accordent pas pour conclure que le réservoir animal du SARS-CoV est la civette. Les recherches sur ce sujet sont encore en cours. La recherche de l’origine animale du MERS-CoV, elle, ne fait que commencer.

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Comment se transmet ce virus ?

Les coronavirus se transmettent principalement par contact avec des sécrétions respiratoires infectées. C’est aussi le cas pour le MERS-CoV. La transmission interhumaine du MERS-Cov nécessite un contact rappoché avec une personne infectée. Une contamination intra-familiale a été décrite en Arabie Saoudite où, dans une famille qui partageait la même maison, plusieurs personnes ont été contaminées. En Tunisie, un père décédé d’une infection à MERS-CoV a contaminé deux de ses enfants. Les personnes immunodéprimées ou porteuses d’autres maladies (co-mobidités) semblent plus facilement infectées par ce virus. En fait, ces personnes développent des formes sévères de la maladie qui nécessitent leur hospitalisation et une confirmation du diagnostic. Des personnes qui étaient en bonne santé avant l’infection ont développé des formes mineures de la maladie comme ça a été le cas pour les deux enfants de la personne décédée en Tunisie. Nous nous posons actuellement la question de savoir s’il existerait des formes asymptomatiques de cette infection. Si c’était le cas, l’immunodepression ou les co-morbidités deviendraient des facteurs de risques de développer des formes graves de l’infection.

Le MERS-CoV qui se transmet par voie aérienne peut aussi infecter les personnels hospitaliers soignants et non-soignants qui prennent en charge les patients. En effet, lors des soins et de certains gestes médicaux tels que l’intubation, le contact rapproché avec les patients peut exposer les personnels aux sécrétions respiratoires infectées des patients. Les personnels des laboratoires qui manipulent des échantillons biologiques infectieux ou potentiellement infectés risquent eux aussi d’être contaminés. En Arabie Saoudite, des soignants qui s’occupaient de personnes infectées ont été contaminés par le MERS-CoV. En France, les patients sont hospitalisés dans des unités spécialisées, en isolement et pris en charge par des équipes médicales dédiées, qui se protègent lors des soins aux patients. Dans les laboratoires, des mesures de protection des personnels sont mises en place lors de la prise en charge d’échantillons suspects.

Présentation clinique des personnes infectées

Au début, la maladie se traduit par une fièvre élevée associée à un malaise généralisé et parfois à des signes digestifs, tels que la diarrhée. Les signes respiratoires n’apparaissent que dans un second temps, rendant difficile la suspicion d’une infection par un virus respiratoire. Le premier patient pris en charge au CHRU de Lille présentait une diarrhée, au retour d’un voyage en péninsule arabique. Après l’apparition des signes respiratoires, l’état clinique des patients s’aggrave assez vite avec une atteinte respiratoire sévère souvent associée à une atteinte rénale.

En route vers une pandémie ?

Je suis bien incapable de répondre à cette question ! Ces derniers jours, le nombre de cas confirmés semble augmenter rapidement mais c’est peut-être parce que les cliniciens sont davantage sensibilisés à la recherche de cette infection. Le virus se transmet d’homme à homme pourtant le risque de transmission paraît faible. La communauté médicale manque encore d’informations sur cette infection et chaque jour de nouvelles questions se posent. Pourtant, des spécialistes en épidémiologie proposent des scénarios d’évolution de l’infection à partir de deux hypothèses sur la transmission du virus : soit une transmission animal-homme accidentelle soit une transmission interhumaine directe importante. Pour l’instant, il convient de suivre la survenue de nouvelles infections, de collecter les informations sur cette maladie et son évolution et de se préparer à la prise en charge de personnes suspectes d’infection ou dont l’infection a été confirmée. Je ne suis pas celle qui prendra le risque de prédire une nouvelle pandémie virale !