Si vous avez dix réponses positives, vous êtes la perle, mais aussi le cas le plus chargé : le double fils de profs par le père et par la mère. Entre huit et dix réponses positives, vous avez l'un de vos deux parents dans l'Éducation nationale, étant précisé que celle-ci se transmet, comme la judéité, davantage par la mère (l'institutrice compte double). En dessous de huit réponses positives, il faut vous rendre à l'évidence : vos parents n'étaient pas professeurs.


En ce qui me concerne, j'appartiens à la première catégorie. Mère institutrice, père professeur de mathématiques, devenu proviseur. L'Éducation nationale était une invitée permanente à table, alimentait nos conversations, les émaillait de ses acronymes. Sans pour autant qu'elle soit clairement exprimée, je ressentais l'importance capitale de l'école, que notre mode de vie contribuait à sanctifier encore davantage. Les fils de profs ayant grandi à la campagne se reconnaîtront probablement dans ce portrait, sur lequel plane la tutelle symbolique de l'école, de manière d'autant plus écrasante que les autres influences de la vie sociale se font plus rares. L'école m'était tout, avec ma famille, et les deux se rejoignaient, se confondaient presque. L'école entrait à la maison et la maison entrait à l'école. Comme cela arrive parfois dans les petites villes de province, je passai mon année de CE2 dans la classe de ma mère et, au lycée, manquai de peu mon père comme proviseur. Bref, j'étais perdu pour l'insouciance… »