Pourquoi je ne veux plus encadrer d'étudiantes voilées.
Par Anne le samedi 5 juin 2010, 14:00 - Université - Lien permanent
Dans le cadre de mes fonctions universitaires, je suis amenée à encadrer des étudiants-tes pour des mémoires et autres thèses. Par exemple, pour obtenir leur diplôme de pharmacien d'officine, les étudiants doivent soutenir une thèse dite d'officine qui est souvent un travail bibliographique sur un sujet choisi par l'étudiant. Les étudiants qui choisissent de devenir biologistes doivent aussi soutenir leur thèse au bout leur 4 années d'internat de spécialité. Leur thèse de DES (diplôme d'études spécialisées) de biologie porte sur un travail expérimental sur une thématique précise qu'ils ont réalisé en laboratoire.
Avant d'être nommée à l'Université, j'avais assisté de loin aux débats sur le port du voile à l'école. Mon idée était que de toute façon, il fallait interdire le port du voile à l'école, la religion étant une affaire privée. J'étais autant gênée par les filles voilées que par celles et ceux qui portaient leurs insignes catholiques ou juifs autour du cou par exemple. Et puis, ayant lu des articles de journaux relatant des histoires de filles et femmes épanouies avec leurs voiles, je m'étais dit que peut-être il fallait les laisser faire, qu'il fallait être tolérante etc etc.
Une étudiante est venue en stage dans notre laboratoire : elle retirait son voile pour travailler et ne le portait qu'en sortant du laboratoire. Si bien que je me suis retrouvée dans le jury de sa soutenance de mémoire face à une étudiante que je n'avais pas reconnu de prime abord! Ce jour-là, la présidente du jury était une femme très franche qui a demandé à l'étudiante juste avant qu'elle ne quitte la salle pourquoi elle portait son voile. L'étudiante a fait une réponse confuse dont je ne me souviens pas.
Il y a un an, j'ai été contacté par mail par une interne en biologie qui voulait faire sa thèse en virologie. J'avais des travaux de recherche à faire avancer et pas d'autre étudiant-te en thèse du DES de biologie. J'ai donc accepté de la rencontrer. Le jour dit, je me suis retrouvée face à une étudiante voilée. J'ai eu un mouvement intérieur de recul et immédiatement, je me suis dit que ce serait très difficile pour moi de l'encadrer. Mais, cette étudiante est marocaine et je me suis dit qu'elle venait d'une autre culture que la mienne et que je devais la respecter. Voilà un an que je travaille avec elle : elle fait son travail, rédige son mémoire (c'est un peu plus difficile qu'avec les autres étudiants-tes car sa langue maternelle est l'arabe). Mais, contrairement aux autres étudiants-tes que j'ai pu encadrer, je n'ai pas essayé de sympathiser avec elle : je ne lui propose pas de discuter de ses travaux devant un café, je n'engage aucune discussion personnelle avec elle. Bref, je garde mes distances.
Plus récemment, j'ai été contactée par mail par une étudiante en pharmacie qui voulait faire sa thèse d'officine avec moi. Je n'ai pas fait attention à son nom et j'ai accepté de la rencontrer. Encore une étudiante voilée! Je l'ai écouté, je lui ai posé les mêmes questions qu'aux autres étudiants-tes que j'encadre (en quelle année d'étude sont-ils, quand veulent-ils soutenir leur thèse...). Et je l'ai quitté en lui disant que je lui donnerait ma réponse par mail dans les jours suivants. Et là, j'ai décidé que non, je ne voulais pas encadrer d'étudiante voilée.
Le port du voile me choque profondément. C'est une négation des droits de la femme, une manipulation des femmes au nom d'idéaux machistes que je ne veux plus accepter. Que les femmes soient croyantes, c'est leur choix et je ne le conteste aucunement. Mais qu'elles s'affichent avec leurs voiles, dans notre pays où des femmes ont lutté et luttent encore pour l'égalité entre les hommes et les femmes, la reconnaissance des droits des femmes, où les inégalités qui frappent les femmes sont encore plus fortes que celles qui touchent les hommes, je ne peux pas le supporter.
Je n'ai aucun moyen de manifester ma désapprobation face aux femmes qui portent le voile, je n'ai aucun moyen de protester. Alors, je vais juste faire comme j'ai envie et ne plus encadrer d'étudiante voilée...
Pour aller un peu plus loin, je suis tombée sur le message d'un universitaire tunisien adressé à ses étudiantes voilées.